MAGAZINE ACROSTEA TALENTS, ANTOINE GABER

OCTOBRE 2006, Num. 2, Page 130-135

ENTREVUE AVEC ANTOINE GABER (version française ci-dessous)

Antoine Gaber  en los Medios de Información  Sing Tao Daily  News 30 de marzo de 2005

Antoine Gaber  en los Medios de Información  Sing Tao Daily  News 30 de marzo de 2005

Antoine Gaber  en los Medios de Información  Sing Tao Daily  News 30 de marzo de 2005

Antoine Gaber  en los Medios de Información  Sing Tao Daily  News 30 de marzo de 2005

ENTREVUE AVEC ANTOINE GABER

Nous atterrissons à l'Aéroport international de Toronto, capitale de la province d'Ontario, Canada. De l'avion, nous avons pu observer déjà cette belle ville à angles droits, baignée par une multitude de zones vertes. Nous nous promenons par les rues de la capitale, le regard constamment attiré de toutes parts, car cette ville semble ne jamais se reposer... activités en plein jour, excursions guidées de touristes curieux qui s'approchent pour fureter, artistes qui peignent, profitant des rayons du soleil, mises en scène improvisées dans un parc... Et que dire de notre première entrée au Centre commercial Eaton Centre! Des centaines de personnes flânant tranquillement, mangeant à toute heure et contemplant les vitrines de luxueuses boutiques de mode. Les grands sociologues ont eu bien raison d'affirmer que Toronto est l'une des villes les plus cosmopolites de la planète. Notre but n'est pas très difficile à repérer : le Royal Café, 2e étage. Tel qu'entendu, nous montons au second étage et nous dirigeons à la terrasse convenue, le Royal Café du Eaton Centre, où nous apercevons aisément Antoine Gaber. Ponctuel, élégant et d'un accueil chaleureux, il nous invite à nous asseoir avec lui afin de nous communiquer ses idées, projets et connaissances.


Peintre impressionniste, chercheur scientifique en oncologie... Où trouvez-vous le temps de vous adonner à toutes ces occupations?

Avec le temps, je me suis rendu compte que plus nous sommes occupés, plus nous sommes efficaces. Mais le plus important est de s'identifier à ce que l'on fait, de ressentir de la passion pour son travail, parce que le temps n'a plus d'importance quand on fait les choses avec cœur. Qui plus est, quand on ressent de la passion pour quelque chose, par exemple ma passion pour la lutte contre le cancer, et qu'on a la possibilité d'aider ses semblables, on reçoit une quantité d'énergie surprenante qui aide à poursuivre la lutte pour ce que l'on désire vraiment.


Votre pays natal, l'Égypte, offre une multitude de paysages, de monuments et de motifs pouvant se concrétiser sur une toile. Grandir dans un pays jouissant de tant de belles particularités a peut-être été ce qui vous a poussé à entreprendre une carrière artistique?

Le fait d'être né en Égypte a sans doute influencé ma vision artistique et mon appréciation de la beauté naturelle, mais le facteur le plus important, celui qui a conditionné ma perception, a été de naître au sein d'une famille d'intellectuels, artistes, acteurs, écrivains, et de chanteurs et peintres; je dois reconnaître que la génétique a exercé une plus grande influence sur mon expression artistique et sur mon talent que mon pays natal.


Comment définiriez-vous votre style artistique?

Le style impressionniste est le moyen que j'utilise pour mieux communiquer avec le monde. Par ma peinture, je cherche à dépasser les frontières du regard du public en tentant de la situer au seuil visuel d'une transformation interne. Je voudrais que ma peinture puisse modifier l'état intérieur du spectateur, tout comme l'artiste zen de la légende qui avait peint un paysage sur les murs de la prison et qui s'était échappé des grilles en rentrant en lui-même. Aux États-Unis, nous faisons allusion à ce type d'art en utilisant le terme " healing art ", lequel n'a pas de traduction précise en espagnol, car il va au-delà de l'art en tant que thérapie. Cette expression traduit le bien-être que peut trouver une personne malade en s'exprimant à travers l'art.

On est moins passé par la voie de la création par laquelle on s'approprie consciemment la fonction curative de l'art et on n'a développé aucun corps théorique pouvant expliquer cela de façon suffisante.


On fait certaines comparaisons entre vos tableaux et ceux de Monet, Renoir ou Van Gogh. Quelle impression cette affirmation vous donne-t-elle? En êtes-vous fier ou préférez-vous que l'on vous reconnaisse pour votre propre style?

Il est certain que mon travail a très souvent été comparé à celui de Monet, Renoir et Van Gogh. C'est un grand honneur pour moi, bien sûr. Je considère comme un cadeau de Dieu d'être comparé aux grands maîtres de l'impressionnisme. En tant que chercheur scientifique qui se consacre au développement de nouveaux médicaments contre le cancer, j'ai vécu en ayant pleine conscience de la douleur humaine, en particulier la douleur que causent des cellules qui détruisent notre corps même. C'est presque naturellement, parallèlement aux recherches pharmaceutiques que j'entreprends à titre de chercheur pour soulager cette douleur, et à grâce à la fascination qu'exerce sur moi l'impressionnisme, que j'utilise l'immense concentration de lumière et d'enthousiasme vital pour peindre des endroits pouvant transporter le spectateur vers une réalité autre que celle de son corps malade : des espaces qui lui rappellent que quelque part dans le monde (et en lui) existent une paix absolue et des couleurs qui exécutent la danse subtile de l'harmonie. Mon œuvre est intimement liée à la reconnexion avec le sacré. Il y a, dans ma peinture, une porte vers cette " autre rive " qui ne s'entrevoit que par l'expérience poétique qui effleure ce qui ne peut être démontré de façon rationnelle.

Essayez-vous de découvrir, par votre œuvre, une sortie mystique vers une autre dimension où n'existent ni douleur ni maladie?

J'essaie de créer, au milieu du chaos d'un monde en constant mouvement, un seuil, une porte devant laquelle il serait possible de se sentir hypnotisé et de s'échapper, non pour se perdre, mais pour se retrouver. Je ne peux décrire l'expérience saisissante d'un malade qui pleure en observant mes paysages, que les regarder a suffi pour qu'il puisse croire à la possibilité d'une guérison et pour qu'il se sente en communion avec l'univers. Les paysages impressionnistes de Monet sont, d'une certaine manière, des " objets trouvés " que j'utilise pour une fonction nouvelle liée à ma mission : la guérison. " Libérer les gens est l'âme de l'art ", disait Beuys. Expérimenter la communion avec la beauté signifie récupérer l'unité perdue.


Vos tableaux se caractérisent surtout par l'assemblage de motifs paysagers, bucoliques. Pourquoi la nature et pas d'autres genres de scènes?

M'infiltrer dans la nature me donne l'impression que le temps s'arrête, ce qui me permet de communiquer avec Dieu et d'apprécier la beauté du monde qui m'entoure. La nature est le lieu idéal pour régénérer notre âme et notre corps et c'est le dernier endroit qui nous reste du paradis. C'est pourquoi ma tâche en tant qu'artiste est d'essayer de recréer la nature.


Où a eu lieu votre première exposition de grande importance et comment s'est-elle passée?

Ma première exposition d'importance a été tenue à Nottingham, en Angleterre, en septembre 1999. C'était une exposition individuelle durant le Congrès international du cancer du sein, réalisée au Centre de conférences East Midland de l'Université de Nottingham. C'était la première fois, dans ma carrière artistique, que 45 de mes œuvres voyageaient à l'étranger. Je suppose que cela aussi fait de cette exposition un événement spécial pour moi.


Qu'avez-vous ressenti en voyant des centaines de personnes contempler vos œuvres?

Quand j'ai exposé mes œuvres pour la première fois durant le Congrès international du cancer du sein, qui réunissait plus de mille spécialistes du monde entier, tous mes collègues de travail croyaient que je plaisantais quand je leur ai dit que j'étais venu à ce congrès en tant qu'artiste. Ça a été une expérience fabuleuse parce qu'à compter de ce jour, tous ont commencé à me considérer non seulement comme un chercheur scientifique, mais aussi comme un artiste. J'ai également eu l'honneur de présenter mes œuvres à une exposition privée destinée à tous les conférenciers internationaux. Leur acceptation et leur reconnaissance ont constitué une expérience très particulière pour moi.


Vos expositions ont parcouru plusieurs pays... Quel est celui qui a réservé le meilleur accueil à vos œuvres?

Il est très difficile de répondre à cette question parce que mes œuvres ont été très appréciées partout où elles ont été exposées. Quelques pays comme l'Angleterre, le Mexique et l'Italie m'ont peut-être traité d'une façon plus spéciale.

Il y a deux ans, j'ai représenté le Canada à la Biennale Internazionale dell'Arte Contemporanea organisée à Florence, une des expositions européennes des plus prestigieuses.


Il y a deux ans, vous avez représenté le Canada à la Biennale Internazionale dell'Arte Contemporanea qui a eu lieu à Florence, une des expositions européennes des plus prestigieuses. Qu'avez-vous ressenti quand on vous a annoncé que vous aviez été choisi pour exposer vos tableaux avec ceux d'auteurs de lignée renommée comme le Prince Charles de Galles et la célèbre actrice Gina Lollobrigida?

Ça a été pour moi un honneur d'être invité à participer à la Biennale internationale d'art contemporain, car j'ai eu l'occasion d'y rencontrer de nombreux artistes du monde entier, depuis lors devenus de très bons amis. Cette exposition m'a aussi permis de connaître et de me mettre en contact avec des critiques d'art très importants qui, à leur tour, m'ont ouvert des portes à l'échelle internationale. La Biennale est une expérience merveilleuse qu'il me plaît désormais de répéter chaque deux ans.


Quand vous étiez jeune, vous aviez commencé une carrière en art dramatique que vous avez abandonnée pour vous consacrer pleinement à la recherche pharmaceutique contre le cancer. La recherche vous attirait et vous plaisait-elle vraiment, ou était-ce en raison de pressions familiales?

Ma famille compte parmi ses membres des artistes célèbres, des chanteurs de musique pop, des écrivains... je suppose que depuis ma naissance coule dans mon sang la fibre artistique. Dès l'âge de quatre ans, je montais sur scène; puis j'ai continué à faire du théâtre et à 15 ans, j'ai écrit ma première œuvre sur laquelle j'ai travaillé comme metteur en scène et acteur avec 22 autres comédiens. Nous avons présenté cette pièce à plus de dix occasions devant des publics de plus de 700 personnes. Il faut dire que cette œuvre n'était pas " conventionnelle ", Dieu y parlait et y apparaissait représenté par une femme. Vous pouvez imaginer la controverse à cette époque à propos de ma pièce qui a pourtant fait réfléchir le public sur les différents paradigmes que nous rencontrons dans nos vies. Je désirais vraiment être acteur, mais mes parents ne m'ont pas accordé le soutien nécessaire parce que la carrière d'acteur n'est pas stable. Plus tard, soit dans les années soixante-dix, alors que je travaillais déjà sur le plan scientifique, j'ai rencontré le fameux producteur Sergio Leone au cours du Festival de cinéma à Montréal. Il cherchait de nouveaux visages pour son film " Once upon a time in America ". Leone m'a offert de faire partie de la distribution, ce qui voulait dire pour moi abandonner ma carrière pendant un an pour pourvoir faire le film. J'aurais signé sans réfléchir, mais mes parents s'y sont totalement opposés; ils n'étaient pas d'accord pour que j'abandonne mes études de recherche pour participer à un film, ce qui m'a passablement contrarié. Mais par la suite, j'ai compris que tout ce qu'ils désiraient pour moi, c'était que je continue mon travail de recherche contre le cancer. Évidemment, ma vie entière j'ai été enchanté par la recherche et par les arts, mais j'ai toujours pensé que j'avais raté l'occasion d'être acteur. Aujourd'hui, j'ai réussi à combiner avec succès mes deux facettes, les arts, en tant que peintre, et la recherche scientifique.


En 2001, vous avez créé la Fondation Antoine Gaber pour la recherche sur le cancer et la promotion d'artistes. Quel rapport y a-t-il entre la recherche et la peinture?

Les principaux objectifs de la Fondation Antoine Gaber contre le cancer sont l'accroissement de la connaissance de la maladie afin de favoriser le diagnostic précoce et la prévention, la collecte de fonds pour la recherche scientifique et la promotion d'artistes autour du monde. Un bon exemple à ce titre est la présentation récente de mon initiative d'appui " Passion pour la vie " à Florence (Italie) en faveur du Département hémato-oncologie de l'Hôpital pédiatrique Meyer.


Pendant longtemps, les médias se sont fait l'écho de votre travail dans la recherche sur le cancer. Poursuivez-vous vos efforts à faire connaître ce travail philanthropique auprès de la société?

J'ai toujours reçu un appui important de la part des médias dans ma lutte pour accroître la connaissance de la maladie et pour recueillir des fonds pour la recherche scientifique. Mon programme a connu beaucoup de succès à travers le monde et a largement été diffusé par les médias grâce à mon " histoire " : comment un chercheur scientifique peut-il être un peintre ayant remporté de nombreux prix internationaux avec ses œuvres dans des expositions de grand prestige, soutenir et cautionner des communautés médicales et artistiques et, dans le même temps, donner un message d'espoir aux malades de par le monde. Je suis très ému devant le soutien important que j'ai reçu des médias, et je crois sincèrement que si une seule personne a obtenu de l'information sur la maladie grâce à mes émissions de télévision et à mes initiatives d'appui, et a réussi à obtenir à temps un diagnostic pouvant la sauver, il s'agit pour moi d'une réussite vis-à-vis de la société.

Plusieurs de vos œuvres ont servi de cause sociale pour apporter des fonds à la Fondation canadienne du foie et à la Fondation canadienne de recherche sur le SIDA. Continuez-vous à collaborer avec des fondations de caractère médicosocial?

Pendant plusieurs années j'ai appuyé pendant bon nombre d'organisations importantes qui luttent contre le cancer, le VIH et les maladies du foie, car toutes ces maladies entrent dans le champ de la recherche scientifique. Cependant, ces dernières années, j'ai centré tout mon intérêt sur le cancer, cette maladie qui est en train de devenir l'ennemi principal de l'humanité.


Vous avez travaillé pendant de nombreuses années à la recherche scientifique sur le cancer et vous avez contribué au développement de médicaments contre cette maladie. Croyez-vous que la médecine avance suffisamment vite compte tenu de l'apparition de nouveaux symptômes et maladies?

Au fil des ans, j'ai aidé au développement scientifique de plusieurs médicaments contre le cancer. De même, je suis fier du fait que de nombreux malades atteints de cancer survivent grâce aux efforts de par le monde de maints chercheurs scientifiques et collègues de travail. Dans quelques cas, tel le cancer du sein, nous avons réussi à accroître et à améliorer la qualité de vie des patientes souffrant de cancer en le transformant en une maladie presque chronique.

La médecine a progressé de même que nos nouveaux médicaments. Hélas, nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup de recherche à entreprendre, puisque plusieurs patients meurent encore à cause de cette terrible maladie. Ce n'est que par la recherche, la prévention et la connaissance que nous pourrons un jour en venir à bout.


En quoi consiste exactement le programme " Passion pour la vie " que vous promouvez à l'échelle mondiale?

" Passion pour la vie " est un programme qui parle de passion pour les gens et pour l'art et de sa transformation en source d'espoir et d'aide à autrui. Le premier objectif de ce programme est la sensibilisation des personnes à la maladie et l'accroissement de la connaissance de celle-ci dans le but de favoriser le diagnostic précoce et la prévention. La collecte de fonds pour la recherche scientifique contre le cancer constitue une autre des principales finalités de cette initiative. L'aide se réalise par la vente de mes œuvres ou par l'achat des articles signés de ma collection (cartes, giclées, catalogues, etc.) et de ma ligne de mode. Dernièrement, cette aide a été rendue viable grâce au soutien de plusieurs artistes internationaux qui se sont unis au programme d'appui " Passion pour la vie ". Tous ensemble nous luttons contre le cancer et amassons des fonds pour la recherche scientifique, en favorisant également la prévention de cette maladie.


Si vous aviez à formuler un souhait sachant qu'il vous serait accordé, quel serait-il?

J'en énoncerais deux : annihiler la souffrance dans le monde et posséder l'aptitude de convaincre les gouvernements de chacun des pays faisant partie de cette planète de cesser de lutter les uns contre les autres afin que chaque pays ait une politique honnête lui permettant de croître et de se développer.


Après avoir voyagé dans tant de pays, dans lequel vous établiriez-vous?

Pourquoi demeurer dans un seul pays? J'aimerais vivre en chacun d'eux, car tous y recèlent des personnes spéciales, des paysages et des endroits merveilleux. Je suis un ami de l'humanité et le monde entier est mon pays!


Votre citation ou phrase préférée :

Ma citation favorite est une prière, la prière de Saint-François d'Assise qui est un très bon guide de vie dans le monde actuel; la voici :

Prends le temps de réfléchir, c'est la source du pouvoir.
Prends le temps de jouer, c'est le secret de la jeunesse.
Prends le temps de lire, c'est la base de la sagesse.
Prends le temps de prier, c'est la force de la vie.
Prends le temps d'aimer et d'être aimé, c'est une bénédiction de Dieu.
Prends le temps de te faire des amis, c'est le chemin du bonheur.
Prends le temps de rire, c'est la musique de l'âme.
Prends le temps de travailler, c'est le prix du succès.
Prends le temps de donner, c'est la clé du paradis.


EXTRAIT :
" Je voudrais que ma peinture puisse modifier l'état intérieur du spectateur, tout comme l'artiste zen de la légende qui avait peint un paysage sur les murs de la prison et qui s'était échappé des grilles en rentrant en lui-même. "

 

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