Professeur Antonio Mazzaro Écrivain, journaliste, philosophe et professeur d’art Isla Mujeres, Méxique

AAGiverny

Ce qui rejaillit des dernières oeuvres du peintre Antoine Gaber est son désir de poursuivre dans la tradition des paysages impressionnistes du « plein air », tout en lui insufflant une énergie nouvelle. Baudelaire écrit au sujet des impressionnistes : « Leur travail est ainsi, rapide et fidèle à tout ce qu’il y a de plus inconstant et de plus impalpable en forme et en couleur, depuis les vagues jusqu’aux nuages, et laisse toujours supposer la date, l’heure et même la force du vent (…) »

La lumière dans sa peinture rappelle son origine égyptienne qui a marqué son destin d’impressionniste et sa relation avec la musique. Lorsque Debussy décrivait la musique, il disait : « Je préfère le peu de notes de la flûte d’un berger égyptien qui se fond au paysage et qui entend des harmonies que les brebis ignorent. » Coïncidence ? Serait-ce de même une coïncidence que l’âme artistique de Gaber se soit d’abord exprimée à travers ses photos, tandis que les impressionnistes avaient tenu leur première exposition au studio de photo Nadar ? Je ne crois pas.

La musicalité des peintures de Gaber est indéniable et c’est ce moteur même qui permet au peintre de recréer le style impressionniste et non de le copier. Tout ceci est clair dans sa peinture de nénuphars où les couleurs se fondant vers le gris offrent au temps et à la nature, dans leur éternel mouvement, la suspension d’un moment unique de cette nature. Monet, un des patriarches de l’impressionnisme, disait : « Je suis obligé de faire de constantes transformations car tout se crée et reverdit. En somme, à force de transformations, je suis la nature sans pouvoir la figer, car ce fleuve qui ce matin est vert, pourrait cet après-midi être jaune, ce soir sec et demain, devenir un torrent. »

Antoine Gaber résout ce problème à la manière de Van Gogh. Dans une lettre à son frère Théo, le peintre écrivait : « Je ne veux pas peindre en cherchant à démontrer exactement ce que je vois comme les impressionnistes, sans me servir, pour m’exprimer avec plus de force, de couleurs arbitraires. » En utilisant simplement un coup de pinceau plus doux et plus évocateur, Gaber réussit à créer un contraste de couleurs qui porte davantage à la rêverie que les formes drastiques et désinvoltes de Van Gogh. Si ce dernier rappelle en quelque sorte la poésie de Rimbaud, en Gaber on retrouve davantage le style de Mallarmé, c’est-à-dire, le silence. Le silence de quelqu’un qui observe une réalité qui n’est pas apparente.

Comme les impressionnistes, Gaber a le profond désir de se plonger complètement dans la réalité afin de recréer tout le plaisir qui en émane. De la même façon, ses paysages et ses scènes rurales portent la marque de la beauté, de la civilisation, vues à travers les yeux d’un citadin. Cette référence nous ramène aux activités de Gaber en tant que chercheur contre le cancer. En effet, sa vie privée et sa vie artistique sont très fortement liées. L’une ne lui sert pas à s’évader de l’autre : elles se complètent. C’est d’ailleurs parce qu’il a si bien connu cette maladie et qu’il a été témoin de son impact dans la vie de tous les jours qu’il arrive à retransmettre dans son impressionnisme la sensibilité et la beauté de la vie typique à ce style d’art.

Antonio Mazzaro, Écrivain, journaliste, philosophe et professeur d’art
Isla Mujeres, Méxique

23 juillet, 2004